L’étude portant sur l’atténuation des conflits de l’utilisation des ressources naturelles autour des aires protégées au Cameroun et au Tchad s’est déroulée entre juin et décembre 2022 dans le complexe transfrontalier Séna Oura-Bouba Ndjidda (BSB Yamoussa). Elle avait pour objectif principale de proposer des solutions afin d’amorcer une approche de gestion intégrée et multifonctionnelle du paysage du complexe transfrontalier Bouba Ndjidda – Séna Oura et partant, de mitiger et de réduire les conflits entre les différents groupes d’utilisateurs autour de ce complexe. En outre, l’objectif supérieur est d’augmenter l’acceptation de la protection de la nature au sein de la population locale et d’améliorer ainsi la protection de la nature elle- même. L’hypothèse de cette étude est qu’en réduisant la concurrence entre les utilisateurs de l’espace, la protection de la nature peut être améliorée de l’autre côté et être plus consensuelle. L’approche méthodologique adoptée pour cette étude incluait trois méthodes principales de collecte des données qui étaient complémentaires et qui ont permis de trianguler l’information conduisant à l’émulation des recommandations qui trouvent l’assentiment de l’ensemble des groupes d’utilisateurs de l’espace autour du BSB. A cet effet, il s’agissait dans un premier temps de recueillir les points de vue des experts au Cameroun et au Tchad (niveau national, régional et à l’échelle du paysage BSB) à travers des entretiens semi-structurés avec un focus sur des personnes issus des services étatiques, des ONG internationales et nationales, de la société civile, des autorités traditionnelles, des institutions universitaires et des partenaires techniques et financiers. Ensuite, les populations riveraines ont été réunies autour d’un jeu de rôle à travers un outil appelé « jeu communautaire », qui consistait en une cartographie participative de leur terroir avec pour mérite de mettre autour d’une même table les différents groupes d’utilisateurs de l’espace afin d’analyser de manière participative les conflits inhérents à leurs besoins spécifiques, et de stimuler l’émulation d’une vision commune pour la gestion de l’espace du BSB. Additionnellement à ce jeu de rôle, une enquête socio-économique était conduite à travers l’administration d’un questionnaire aux participants afin de recueillir des informations sur leur typologie, leurs principales activités tant en saison sèche qu’en saison pluvieuse, leur perception de la conservation, etc. Enfin, d’affiner, consolider et valider les recommandations issues des premiers résultats de l’étude un atelier a été organisé non seulement avec les acteurs clés impliqués dans la gestion du complexe BSB Yamoussa, mais aussi avec d’autres acteurs dont les actions influencent de près ou de loin la gestion durable dudit complexe. Les données issues des entretiens d’experts et du jeu communautaire ont été transcrites, encodées et analysées avec le logiciel MAXQDA et la méthode d’analyse du contenu. Les données des questionnaires quant à elles ont été traitées et analysées avec le logiciel Excel. Par ailleurs, afin d’avoir une meilleure compréhension du paysage conflictuel, une cartographie des relations entre les acteurs a été faite grâce à l’outil PIN (Positions, Interests, Needs). Ceci a également permis de rendre transparents les différents intérêts qui se cachent derrière les positions officiellement prises par les différents groupes d’utilisateurs de l’espace. Il ressort des résultats et discussions que les populations riveraines reconnaissent les avantages tirés du complexe BSB Yamoussa. Toutefois, elles affirment que la présence du BSB est un obstacle au développement de leurs activités. La présence du complexe limite l’accès aux ressources notamment à travers la réduction des parcelles agricoles et des zones de pâturages. Les populations s’indignent du fait que la superficie des aires protégées demeure la même pourtant la démographie est galopante et les ressources de plus en plus dégradées et moins disponibles. Les conflits identifiés au cours de cette étude étaient les suivants : agriculteurs – éleveurs, éleveurs – éleveurs et/ou transhumants, foncier, autochtones – allogènes, homme – faune et enfin population – conservation. Ces conflits sont étroitement liés à l’absence d’un micro-zonage, la démographie galopante et la dégradation des ressources. Ils en découlent des recommandations qui se regroupent en quatre axes principaux notamment : gestion générale du territoire, gestion des aires protégées, agriculture durable et restauration des terres, élevage intensifié et transhumance apaisée. Par ailleurs, la prise en compte effective de besoins des différents groupes d’utilisateurs avec un focus sur les groupes vulnérables (femmes, jeunes, peuples autochtones) stimulerait une adhésion aux objectifs de la conservation durable et réduirait subséquemment les conflits d’utilisation des ressources naturelles dans l’espace du complexe BSB Yamoussa.
Vers une gestion intégrée du paysage BSB Yamoussa
Perspectives d‘atténuation des conflits d’utilisation des ressources naturelles autour des Aires Protégées au Cameroun et au Tchad
Authors
Kulla, Dorothea, Serge Patrick Tadjo, Serge Alexis Kamgang, Mahamat Kachalla, Anne Stéphanie Kobla, Pierre Manga, Marlene Schimpf, Svenja Sender, Jan Sommer, Tina Walther, Anja Wiese
Type of publication
Study
Status
Type of projcect
Edition and year
2024
DOI
10.18452/28920
Language
French
Country
Cameroon
Link to project
https://edoc.hu-berlin.de/items/6de2ebc8-2b6b-4ba9-88ea-79727932663f
